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Épinal
Publié le 15 décembre 2014 à 10h21
« Les manipulateurs sont responsables d’avoir appuyé sur le mauvais bouton »

Le vendredi 12 décembre, le procès en appel de l’affaire des « surirradiés d’Épinal » s’est achevé sur les plaidoiries de la défense. Le délibéré sera rendu au printemps prochain.

« Joshua Ananh faisait seul le travail de deux radiophysiciens et un dosimétriste »

L’avocat de Joshua Anah est le premier à plaider. Concernant la non utilisation par son client de la dosimétrie in vivo, il rappelle qu’au moment des faits cette technique de contrôle n’était pas obligatoire : « Seuls 30% des centres l’utilisaient à l‘époque », affirme-t-il, avant d’incriminer la charge de travail imposée au radiophysicien : « Il accomplissait seul les tâches normalement dévolues à deux radiophysiciens et un dosimétriste. Le service était en sous-effectif. » À ce propos, il pointe une « incapacité des pouvoirs publics à fournir les moyens humains nécessaires au bon fonctionnement des accélérateurs ». Au sujet des doses de matching non déduites, l’avocat affirme que Joshua Anah n’était pas en faute : « La majorité des centres considérait que les doses apportées n’avaient pas à être déduites ». Sur le délit de soustraction de preuves, l’avocat précise que le radiophysicien « ne s’est pas caché pour reclasser les feuilles de matching », puisqu’il il l’a fait « en présence de l’équipe, pendant les heures de travail ».

« Joshua Anah a donné la bonne information au bon moment »

Le second avocat de Joshua Anah, Jean Reinhart évoque la place du physicien dans un parcours de radiothérapie : «  La plupart des patients ne savent pas que le radiophysicien existe. C’est l’homme de l’ombre. » En conséquence, son client n’aurait « aucun problème d’orgueil, aucune fierté » : « M. Anah répond de ses défauts, il fait face à ses responsabilités. Il admet qu’il aurait pu mieux faire. » Quant à l’accident du passage en coins dynamiques, il serait le fait des seuls manipulateurs. « 24 patients ont été surirradiés mais 110 personnes ont été soignées avec ce procédé entre 2004 et 2005. Si Joshua Anah avait mal fait la formation des manipulateurs, il y aurait eu 110 victimes ! » clame Jean Reinhart. « Joshua Anah a donné la bonne information au bon moment. Les manipulateurs sont responsables d’avoir appuyé sur le mauvais bouton. »

« Le comportement des médecins correspond aux réglementations de l’époque »

Le conseil du radiothérapeute Michel Aubertel, Maître Janick Languille, embraye en dressant le portrait d’un « homme simple, loin des mondanités, pas très expansif », qui mène une vie « modeste » guidée par une « passion pour son métier ». Une « vocation » entachée par la catastrophe : « Le drame d’Épinal est l’échec de sa vie ». Il revient sur les accidents et souligne qu’un radiothérapeute est dans « l’impossibilité de vérifier que la prescription de dose est bien appliquée sur la machine, car ce n’est pas dans ses qualifications ». Le service de radiothérapie et ses lacunes matérielles et humaines sont mis en cause : « Niveau matériel, ça va pas. Niveau humain, ça va pas », liste l’avocat, rappelant que Michel Aubertel n’en est devenu le chef, en 2004, que « par défaut ». Lors du passage en coins dynamiques, il s’est assuré auprès de Joshua Anah que tout avait été fait « dans les règles de l’art ». Le radiophysicien lui a répondu par l’affirmative. « Mais ce n’était pas le cas », relève Janick Languille : « Michel Aubertel ne savait pas que Joshua Anah avait supprimé les lignes de défense. » Concernant le respect des bonnes pratiques, l’avocat assure qu’à l’époque « Épinal ne faisait ni mieux ni moins bien que les autres centres » : « Le comportement des médecins correspond aux réglementations de l’époque », affirme-t-il.

Fautes pénales contre fautes morales

Vient le tour de l’avocat de Jean-François Sztermer. Martin Reynaud évoque le désarroi du radiothérapeute « dépassé » par la crise sanitaire, qui a vu « la déception, la colère dans les yeux de ses patients ». Il regrette les considérations « de nature morale » intervenues dans les débats, notamment sur la personnalité et l’attitude du Dr Sztermer, jugé « autoritaire » et « caractériel » : « Parler du caractère des uns et des autres, ça ne sert à rien. » Quant aux fautes reprochées au radiothérapeute, elles n’étaient, rappelle l’avocat, pas encore clairement ciblées au moment des faits. « Pour violer une obligation de prudence et de sécurité imposée par la loi, encore faut-il qu’elle existe », assène-t-il, affirmant que les erreurs étaient involontaires : « Personne ne se lève le matin pour fauter et mal faire. Même avec sérieux et dévouement, on peut commettre des erreurs. » Martin Reynaud réfute le délit de non-assistance à personne en danger : « M. Sztermer a donné l’alerte et suivi ses patients », assure-t-il. Certains, qui n’avaient pas encore de complications, ont certes reçu des informations limitées quant à leur état mais, estime l’avocat, « il n’y a pas d’obligation pénale pour un médecin d’informer son patient. C’est une question humaine, morale, déontologique ». Sans compter qu’à l’époque, il n’y avait pas de traitement pour les complications liées aux irradiations : « Si les patients et les médecins traitants avaient su, ça n’aurait rien changé. Ça n’aurait pas atténué le péril. »

Pardon aux victimes

En relais de son confrère, le second avocat de Jean-François Sztermer, Maître Hervé Témime, clôt demande à la cour de jouer son rôle : « Appliquer la loi ». Il juge la condamnation en première instance « sévère » et plaide la relaxe de son client. Le président laisse ensuite la parole aux trois prévenus. Joshua Anah demande à nouveau pardon aux victimes. Michel Aubertel déclare n’avoir « rien à ajouter ». Jean-François Sztermer pour sa part reconnaît des « erreurs incontestables et incontestée » et affirme comprendre la souffrance des patients : « Je souhaite que leur état s’améliore et qu’elles puissent retrouver leur joie de vivre. » Le délibéré est attendu pour le 2 avril 2015.

Compte rendu de la 14e audience

Carla Ferrand
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